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Sauver des vies à haute altitude: le rôle du flight surgeon lors des évacuations médicales militaires

13 avril 2026

  • Lorsque des militaires belges sont blessés à l’étranger, un processus complexe et rapide se met en place en coulisses afin de les rapatrier en toute sécurité. Dans ce dispositif, le flight surgeon joue un rôle clé. Combinant une expertise médicale avec des connaissances en aéronautique, ce médecin opère littéralement au carrefour de la médecine et de l’aviation militaire. Depuis la base aérienne de Melsbroek, la flight surgeon Stéphanie explique comment se déroulent les évacuations médicales dans la pratique et pourquoi les soins en vol constituent un défi particulier.

     

    Un flight surgeon est un médecin spécialisé en médecine aéronautique, affecté à une base aérienne. Il ou elle est responsable du suivi médical des pilotes et des autres membres du personnel navigant. Cela comprend notamment des consultations médicales, des examens périodiques et l’évaluation de l’aptitude d’un membre du personnel à reprendre le vol après une maladie.

    Mais le champ d’action ne s’arrête pas là. Les flight surgeons opérationnels participent également à des exercices et à des missions. C’est notamment le cas lors de sauts à très haute altitude avec équipement à oxygène, mais aussi lors d’évacuations médicales, au cours desquelles des militaires blessés sont rapatriés de l’étranger vers la Belgique.

     

    Une chaîne médicale étroitement coordonnée

    Une évacuation médicale, souvent appelée Air Evac, est une opération minutieusement coordonnée. À bord de l’aéronef, une équipe spécialisée travaille de concert. Celle ci se compose généralement d’un flight surgeon, d’un flight nurse et de trois flight medics (ambulanciers) chargés des aspects techniques et logistiques.

    L’un d’entre eux assume le rôle de Medical Crew Director et fait le lien entre l’équipe médicale et l’équipage aérien, une coopération essentielle. Chacun dispose d’un rôle clairement défini, allant des soins médicaux à l’installation sécurisée du matériel et des bouteilles d’oxygène. Cette préparation est cruciale, car les conditions à bord d’un avion diffèrent fortement de celles d’un hôpital. Le matériel médical doit être solidement fixé et chaque intervention doit tenir compte des exigences de sécurité propres au milieu aérien.

     

    Des soins dans un environnement exigeant

    Prendre en charge des patients à haute altitude comporte des défis médicaux spécifiques. En vol, plusieurs facteurs entrent en jeu et jouent un rôle moindre au sol. Le bruit constant des moteurs, par exemple, complique la communication et peut représenter une contrainte supplémentaire pour les patients souffrant de troubles auditifs. S’y ajoute la baisse de la pression en oxygène à l’altitude de croisière. Un patient qui n’a pas besoin d’oxygène au sol peut ainsi en nécessiter en vol.

    Les équipes médicales doivent donc recevoir une formation spécifique pour gérer ces conditions particulières. L’objectif reste toutefois inchangé : offrir au patient, pendant le vol, un niveau de soins équivalent à celui dispensé au sol, malgré les facteurs de stress propres à l’aviation.

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  • De l’appel au rapatriement

    Lorsqu’un militaire est blessé à l’étranger, le flight surgeon de garde est contacté en premier lieu. Sur la base des informations médicales disponibles, il ou elle décide si un rapatriement est nécessaire et dans quels délais. Le choix de l’aéronef adéquat s’ensuit, puis l’équipe médicale est constituée. Commence alors une phase de préparation intensive. Les avions belges ne sont pas configurés en permanence pour des missions médicales et doivent souvent être réaménagés. Selon la situation, l’appareil peut être équipé d’une unité de soins intensifs ou de brancards.

    Lors des briefings, l’équipe médicale, les pilotes et les loadmasters passent en revue tous les scénarios possibles. Il peut par exemple être nécessaire de voler à une altitude plus basse afin de garantir un apport suffisant en oxygène pour le patient, ce qui a un impact sur la consommation de carburant et la durée du vol. Pilotes et médecins recherchent donc ensemble un équilibre entre faisabilité opérationnelle et qualité optimale des soins.

    Chaque année, le flight surgeon de garde traite environ une centaine de demandes de rapatriement. Environ soixante d’entre elles sont réalisées par voie aérienne, un nombre croissant étant effectué à l’aide d’avions belges tels que l’A400M. Pour Stéphanie, l’essence de son travail est claire : permettre aux militaires blessés de rentrer chez eux en toute sécurité et le plus rapidement possible. « Cela montre que la Défense prend soin de son personnel », conclut elle. « Et c’est ce qui rend ce métier si précieux. »

Auteur Ine Winnen Photos Kristof Moens