
Au-delà de la médecine : le Service médical construit des soins durables au Congo
1 juin 2026
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Alors que le trafic du matin serpente dans les rues de Kinshasa, une équipe médicale belge est déjà en route vers la salle d’opération. Dans les embouteillages, les échanges continuent et les consignes s’ajustent. Le programme de la journée se précise au fil de la route, dossier médical après dossier médical. Ce qui avait commencé il y a quelques années comme un projet de formation au sein du Service médical de la Défense est aujourd’hui devenu un déploiement opérationnel à part entière.
Pour JC, chirurgien et conseiller médical auprès de l’état-major du Service médical, l’histoire commence en 2022 par une question fondamentale : comment rendre des équipes chirurgicales militaires réellement opérationnelles ? « À l’époque, il n’existait pas de parcours structuré pour rendre les équipes combat ready sur le plan chirurgical », explique-t-il. « Chacun suivait des formations ou des cours selon les opportunités, mais il n’y avait pas de trajectoire claire définissant les compétences qu’une équipe chirurgicale devait maîtriser. »Pour répondre à ce besoin, le Service médical a choisi de développer un parcours en plusieurs phases : formations externes, entraînements internes (axés sur la coopération et la résistance au stress), évaluations internationales et, enfin, une exposition opérationnelle dans un environnement réaliste. C’est dans cette dernière étape qu’intervient la collaboration avec la République démocratique du Congo (RDC).
Du concept de formation à la réalité opérationnelleLa Défense et la RDC ont formalisé leur coopération en 2023. Depuis lors, des équipes médicales belges et congolaises travaillent régulièrement ensemble à Kinshasa. Outre les soins aux patients civils et militaires des Forces armées de la RDC (FARDC), l’échange de connaissances occupe une place centrale. Les équipes belges acquièrent une expérience opérationnelle unique, tandis que l’expertise est partagée et les capacités médicales sont renforcées.
La coopération s’est développée autour de plusieurs piliers médicaux : anesthésiologie, activités de laboratoire — notamment la transfusion de sang total — chirurgie abdominale, chirurgie traumatologique, chirurgie septique, soins de plaies, dentisterie, imagerie médicale et réadaptation après une intervention abdominale ou orthopédique ou encore après une amputation de membre inférieur. Ce qui avait débuté comme un projet de formation a ainsi acquis une dimension nettement plus large.
« C’est la première fois dans l’histoire du Service médical qu’il s’agit d’une mission du Service médical, pour le Service médical », souligne JC. « Il ne s’agit pas d’apporter un soutien à une autre unité. C’est une mission propre, menée avec des collègues soignants locaux. »

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Autonomie essentielle
Pour les équipes médicales belges, Kinshasa offre un contexte de travail sans commune mesure avec la Belgique. En quelques semaines, elles réalisent de nombreuses interventions chirurgicales et traitent des dizaines de patients . Pourtant, le principal défi ne réside pas nécessairement dans les actes médicaux eux-mêmes.
«L’environnement est stressant », explique JC. « Vous devez constamment composer avec des limitations. Il faut toujours avoir un plan B et un plan C. »
Les différences avec la Belgique sont parfois importantes. Tous les patients ne peuvent pas revenir pour des consultations de suivi, notamment en raison des difficultés de transport ou de son coût. Le matériel disponible varie et les soignants doivent en permanence évaluer quelles solutions sont possibles dans ces conditions. Il faut constamment trier.
Un impact qui dépasse la médecineL’expérience ne se révèle pas seulement intense sur le plan médical, elle laisse également une forte empreinte personnelle. « Environ quatre-vingts pour cent du personnel revient marqué sur le plan émotionnel », indique le chirurgien. Chez les médecins, cela s’explique souvent par la confrontation à un niveau élevé de responsabilité et par la nécessité de prendre des décisions dans un environnement aux ressources limitées.
Les infirmiers et infirmières vivent souvent l’expérience différemment. « Beaucoup disent retrouver du temps pour s’occuper réellement des patients », explique-t-il. « Ce contact humain les marque profondément. »
Pour JC, c’est peut-être là que réside la plus grande valeur ajoutée du projet. « Grâce à cette mission, nous identifions mieux qui peut fonctionner sous forte intensité et qui nécessite un accompagnement supplémentaire », dit-il. « Au final, ce ne sont pas seulement les vies des patients que nous changeons. Tous ceux qui sont partis en mission en sont revenus transformés. »
Alors que les équipes belges et congolaises poursuivent le développement de leur coopération, la mission continue d’évoluer vers bien plus qu’un simple déploiement opérationnel : un investissement dans l’expertise médicale, la coopération et les personnes.