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Edition 1 du 17/1/2006
Afrique 2005 : opération Kalemie
Un défi réussi
Le programme de partenariat militaire (PPM) qui lie la République démocratique du Congo et la Belgique vient de prendre une dimension supplémentaire avec la livraison des équipements destinés à la 3e brigade intégrée installée dans l’Est du pays. Une entreprise savamment planifiée, préparée et exécutée par des militaires conscients qu’il s’agit là d’une opération hors du commun ! Un défi à relever ! Un défi réussi !
Kalemie (RDC) – Le Teza joue de la poupe pour trouver place le long du quai de ce port d’un autre temps. Pas le choix ! La seule grue encore en fonctionnement est indispensable pour décharger de la barge les derniers véhicules. Il aura fallu huit allers et retours pour tout transporter. Cet équipement est destiné aux forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) en plein renouveau. Des camions Man et des jeeps Iltis, des dépanneuses Volvo et des ambulances Renault mais aussi du matériel de pontage falt-schwimmbrücke (FSB).

“Amener deux cent quarante-trois véhicules et engins de Belgique au Katanga était une mission de grande envergure, jamais tentée auparavant.” Le lieurenant-colonel Erik Biesmans, commandant du movement control group (MCG) a planifié et coordonné la première phase de l’opération, à savoir la mise en place du matériel. “L’improvisation n’était pas de mise même si l’exécution elle-même restait soumise à de nombreux aléas liés à l’Afrique. Les conditions de circulation tout à fait particulières mais aussi la mentalité bien différente par rapport à chez nous.”

L'aventure, c'est l'aventure
Le 1er juin dernier, les ministres de la Défense respectifs signaient le protocole d’accord qui devait engendrer cette avent-ure. La première étape a permis de sélectionner parmi le matériel excédentaire, l’équipement qui serait, ou offert, ou prêté comme les FSB. Ensuite, mécaniciens et logi-sticiens ont entretenu, conditionné, préparé l’ensemble avant qu’il ne prenne la direction de Zeebruges où il a été chargé sur le Tor Futura.

Une traversée de trois semaines pour atteindre Dar es Salaam (Tanzanie). Le Westdiep accompagnait le bâtiment depuis la Jordanie afin de dissuader toute tentative éventuelle d’arraisonnement par les pirates sévissant au large de la corne de l’Afrique. Le 14 octobre, pouvait ainsi débuter la traversée du pays en direction de Kigoma, sur les bords du lac Tanganika. “La colonne de véhicules était impressionnante et suscitait beaucoup de curiosité parmi la population locale.” Le commandant Frank Derniest (MCG) convoyait le charroi. “Pour des raisons de coût, des chauffeurs tanzaniens conduisaient les véhicules banalisés tandis que nous prenions le matériel plus sensible à notre charge.“ Un travail de titans ponctué de quelques incidents mineurs. ‘‘Rien de bien grave si ce n’est quelques problèmes électriques, des crevaisons, deux accrochages sans gravité.” Six jours dans des conditions difficiles : le soleil, la chaleur, la poussière, le manque de sommeil. Au terme de l’étape quotidienne, pas même le réconfort d’une douche réparatrice et d’un lit confortable. Au bout de la piste, les eaux bleues du Tanganika.

“Dans le même temps, une équipe s’occupait du chargement du train.” Le lieutenant-colonel Biesmans n’envisageait pas d’envoyer les FSB par la route, pas plus que les conteneurs chargés du matériel indispensable à l’installation du camp de Kalemie. “Là encore, il a fallu jouer les Mc Giver pour solutionner les petits problèmes nés de l’incompatibilité des gabarits entre les wagons disponibles et les véhicules lourds. De plus, nous avons accumulé du retard suite au déraillement et à l’incendie d’une locomotive.”

Tip top à l'heure
La mise en place s’achevait avec la traversée du lac Tanganika. Un lac ? Une mer intérieure ! Le Teza accueillait dans ses soutes et en superstructure tous les équipements. Le commandant Jan Gelders (MCG) veillait à la manœuvre. “Pour des raisons évidente de coût et de temps, il nous fallait réduire le nombre de traversées tout en respectant les contingences de sécurité. Heureusement, nous disposions d’un pont roulant qui nous a permis de profiter au maximum de l’espace.”

Huit heures plus loin, sur l’autre rive, les conditions ont changé. La vétusté des équipements est criante. Le détachement n’ose imaginer une panne de la grue et les conséquences qu’elle engendrerait.

“Soixante jours auront suffi pour amener ces véhicules et ce matériel sur place. Soixante jours comme prévu !” Le planificateur et coordinateur de la première phase de l’opération Kalemie rend hommage aux gens qui ont entrepris cette aventure. “Ils viennent d’horizons différents mais tous ont cru en cette mission. Tous étaient conscients qu’il faudrait se battre contre des éléments que l’on ne domine pas toujours, comme la nature ou les mentalités. Ensemble, on s’est lancé. Ensemble, on a réussi.”

 

Un accouchement douloureux
Les véhicules sont alignés sur le parking du camp marin de Kalemie. Les militaires congolais trépignent d’impatience à l’idée de conduire ce matériel nouveau pour eux. Le commandant Dominique Servatius (4e bataillon de génie) est responsable de la formation des stagiaires. “Le renfort d’instructeurs est arrivé le 27 novembre pour entamer les cours quelques jours plus tard. Cette formation couvre deux aspects indépendants l’un de l’autre : la conduite, l’entretien et les réparations des véhicules – y compris le matériel de transmissions – destinés à la 3e brigade intégrée d’une part, l’instruction sur engins de pontage d’autre part. Au total, cela représente deux groupes de cent cinquante stagiaires. Les pré-requis et un test pratique d’aptitude m’a permis de sélectionner ceux qui présentaient les meilleures dispositions.”

Le bataillon du génie de pontage, c’est son bébé. Il n’imaginait pas ce matériel performant abandonné dans des hangars ou livré aux chalumeaux des ferrailleurs. “L’idée d’un coopérant d’utiliser les pontons pour le transport de marchandises sur le lac Victoria a fait naître en moi le projet d’impliquer les FSB dans le cadre du PPM. Contacts préalables, étude de faisabilité, opportunité d’emploi, reconnaissance sur place et le dossier était bouclé.” Le bébé, son géniteur compte bien le porter sur les fonds baptismaux. Aujourd’hui, le matériel est à Kalemie et la formation du personnel est en cours. “Le rassemblement des stagiaires a été plus long que prévu. Nous avons accumulé un retard conséquent qu’il me semble impossible à rattraper.”

Cette seconde phase de l’opération Kalemie est un nouveau défi. Ici aussi, les militaires présents sur place l’ont relevé avec cette foi qui déplace les montagnes. Ils n’envisagent de quitter les bords du lac Tanganika que le devoir accompli.

 

Texte : Jean-Luc Dubrunfaut

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