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| Edition 10 du 16/10/2001 |
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Commémoration de l’Armistice
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In Flanders fields…
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| Photo : Christian Louis
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| Août 1914. L’armée britannique se porte au secours de la Belgique, envahie par les troupes de Guillaume II d’Allemagne. Au bout de trois mois de campagne, les Tommies s’enterrent dans le saillant d’Ypres. D’autres contingents, provenant de tous les coins de l’empire britannique arrivent à leur tour en Flandre, où leurs soldats vont verser leur sang pendant quatre ans. Ypres reste aux mains de nos Alliés, mais elle constitue l’enjeu de cinq grandes batailles.
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Médecin et poète
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| Durant la deuxième d’entre elles, au printemps 1915, les Canadiens disposent d’un hôpital de campagne non loin de Boezinge. C’est là que travaille le médecin lieutenant-colonel John McCrae. Né en 1872, dans la province d’Ontario, il manifeste un goût prononcé pour la littérature en général et la poésie en particulier. Après des études supérieures en agriculture puis dans le domaine artistique, il se tourne finalement vers la médecine et obtient son diplôme en 1898. L’année suivante, il part pour l’Afrique du sud, où il participe à la Guerre des Boers comme lieutenant dans l’artillerie. Il rentre au pays en 1901 et quitte l’armée en 1905 avec le grade de major. S’il n’exerce plus aucune activité militaire jusqu’en 1914, il ne cesse, en revanche, d’intensifier son activité dans le domaine de la poésie.
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John McCrae aurait écrit son poème dans cette casemate. L’ouvrage était alors encore en planches et en terre et n’a été bétonné qu’en 1916 ou 1917. Photo : Christian Louis
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Dès le début des hostilités avec l’Allemagne, il rejoint volontairement l’armée. Bien qu’officiellement il appartienne toujours à l’artillerie, c’est en tant que médecin qu’il est promu au grade de lieutenant-colonel le 17 avril 1915. Cinq jours plus tard, l’ennemi lance sa première attaque au gaz, à Steenstraete. McCrae ne reste pas insensible aux souffrances des blessés qu’il voit passer par centaines. L’horreur et la misère auxquelles il est confronté le poussent à exprimer ses sentiments dans un poème, qu’il rédige le 5 mai. Six mois plus tard, l’hebdomadaire Punch le publie sous le titre In Flanders fields. Nous l’avons traduit en français, en mettant davantage l’accent sur le sens du texte que sur la rime. C’est aussi le cas pour les traductions des répliques mentionnées plus loin.
John McCrae poursuit ensuite sa carrière, assiste à d’autres batailles, découvre d’autres secteurs du front et écrit d’autres poèmes. Aucun ne surpasse cependant In Flanders fields, dont la célébrité augmente de jour en jour. Le 25 janvier 1918, c’est en tant que patient qu’il rejoint le Number 14 General Hospital for officers à Wimereux, en France. Il y meurt trois jours plus tard d’une pneumonie.
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In Flanders fields
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L’énorme succès d’In Flanders fields est attribuable à plusieurs facteurs : tout d’abord, McCrae donne la parole au simple soldat, mieux, à des milliers de simples soldats. Ceux-ci demandent qu’on ne les oublie pas après leur mort, que d’autres poursuivent la lutte. Au front, les hommes qui lisent le poème ont l’impression d’entendre leurs propres voix. Les mots utilisés sont simples, directs, dans un langage apprécié du combattant.
Ensuite, le texte présente quelques oppositions intéressantes, surtout entre le paysage intact et paisible du temps de paix, exprimé par les coquelicots et les alouettes, et les polders dévastés, exprimés par le grondement des canons, les croix et les tombes. Pour les soldats, ces coquelicots qui continuaient à pousser malgré tout et les alouettes poursuivant leur vol apportaient le souvenir des jours heureux d’avant-guerre. En outre, même dans les instants de profonde détresse, ils rappelaient qu’aucune guerre n’était éternelle, que tôt ou tard, la paix et la vie auraient le dernier mot.
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Le médecin lieutenant-colonel John McCrae Photo : Imperial War Museum
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| Enfin, In Flanders fields constitue un excellent poème de propagande : au début du conflit, la plupart des soldats pensent que leur sacrifice ne sera pas inutile, qu’en mourant pour la patrie, ils deviendront des héros. Au bout de huit mois d’horreurs, cet état d’esprit s’est considérablement atténué. Beaucoup ne rêvent plus que de rentrer chez eux. Une autre contradiction apparaît donc ici : McCrae ayant probablement réalisé que le flambeau à remettre aux successeurs n’est plus guère que la flamme d’une veilleuse, ses derniers vers ont une consonance presque menaçante : Si vous brisez la parole que nous avons donnée, nous les morts, nous ne connaîtrons aucun repos… Le poème est donc largement exploité dans les campagnes de recrutement, non seulement en Grande-Bretagne et dans le Commonwealth, mais également aux Etats-Unis.
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Suites et répliques
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A partir de 1917, le succès rencontré par le poème chez les Américains pousse certains d’entre eux à écrire des répliques. America’s answer, de R.W. Lillard est considérée comme la plus réussie. L’auteur rassure les morts, leur dit que le flambeau a été repris par dix millions de mains, qui porteront bien haute la lumière de la liberté.
Moina Michael écrit une réplique moins brillante que celle de Lillard, mais c’est elle qui fait du coquelicot le symbole de tous les soldats tombés au front. Le 9 novembre 1918, soit deux jours avant l’Armistice, elle reçoit chez elle quelques secrétaires de la Young Men’s Christian Association (YMCA). Elle leur parle en termes enthousiastes du poème de McCrae et leur propose de porter un coquelicot en signe d’hommage aux morts. Quelques semaines plus tard, une certaine madame Guérin, secrétaire de la YMCA en France, propose de vendre des coquelicots artificiels pour soutenir financièrement les anciens combattants dans le besoin ou les familles des morts. Le maréchal Douglais Haig, commandant en chef des forces britanniques, se montre particulièrement enthousiaste : le 11 novembre 1921 devient le premier Remembrance Day ou Commemoration Day, durant lequel les Britanniques et les habitants du Commonwealth honorent les disparus en portant le Poppy.
Quatre-vingts ans plus tard, la Royal British Legion Poppy Factory Ltd, installée à Richmond dans le Surrey, se charge encore toujours de la fabrication des coquelicots artificiels. La production annuelle dépasse quarante millions de fleurs, 80.000 couronnes et 300.000 croix du souvenir, toutes destinées aux cérémonies commémoratives.
In Flanders fields franchit non seulement les frontières, il traverse aussi les décennies sans prendre une ride : en 1944, F. Konarski rédige une autre réplique, dédiée à ses compatriotes du 2e Corps polonais du général W. Anders, tombés lors de la prise de l’abbaye de Monte Cassino, en Italie. Un certain A. Schütz met ce texte en musique et, le 20 mai, soit deux jours après leur victoire si chèrement payée, des soldats polonais chantent cette réplique au pied du Monte Cassino.
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Le gigantesque monument de la porte de Menin à Ypres, porte le nom de tous les soldats du Commonwealth disparus lors des combats. Il ne s’y passe guère de journée sans qu’un visiteur, belge ou étranger, n’y dépose quelques poppys. Photo : Christian Louis
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L’intérêt porté par de nombreux poètes flamands à In Flanders fields est aussi logique que légitime. Il s’agit après tout de leur terre. Karel Jonkheere est le premier à rédiger une version néerlandophone intitulée De Kollebloemen van Vlaanderen et publiée dans un livre scolaire en 1937 ou 1938. D’autres traductions plus ou moins libres et répliques s’accumulent depuis plus de soixante ans.
En Flandre, de nombreuses localités ont encore une rue, une avenue ou une place des coquelicots. A titre d’exemple, la commune de Messines a baptisé un quartier d’habitations sociales du nom de Klaprozenwijk (quartier des coquelicots). Le choix de ce nom est attribuable, entre autres, à la vente annuelle de coquelicots artificiels organisée par quelques habitants au profit des victimes de guerre. Moins suivie qu’en Grande-Bretagne ou que dans les pays du Commonwealth, cette tradition est encore bien vivante dans le Westhoek et le Westland.
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In Flanders fields
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In Flanders fields the poppies blow Between the crosses, row on row, That mark our place ; and in the sky The larks, still bravely singing, fly Scarce heard amid the guns below.
We are the Dead. Short days ago We lived, felt dawn, saw sunset glow, Loved, and were loved, and now we lie In Flanders fields
Take up our quarrel with the foe To you from failing hands we throw The torch ; be yours to hold it high. If ye break faith with us who die We shall not sleep, though poppies grow In Flanders Fields.
John McCrae 1872-1918
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Dans les champs des Flandres
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Dans les champs des Flandres, les coquelicots ondoient Parmi les croix alignées, Qui marquent notre emplacement ; et dans le ciel Les alouettes volent, chantant toujours bravement Mais à peine audibles parmi l’aboiement des canons.
Nous sommes les morts. Voici quelques jours Nous vivions, sentions l’aube, voyions le soleil se lever,v Aimions, et étions aimés, et maintenant nous sommes étendus Dans les champs des Flandres
Poursuivez notre combat avec l’ennemi : Vers vous nos mains faiblissantes brandissent La torche ; à vous de la porter bien haut. Si vous brisez la parole par nous donnée, nous qui mourons, Nous ne connaîtrons aucun repos, bien que les coquelicots poussent Dans les champs des Flandres.
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Le coquelicot reste un symbole dans tous les pays du Commonwealth. En 1996, ces soldats pakistanais du Baluch Regiment ont déposé plusieurs couronnes de poppies à la porte de Menin et à divers autres endroits où sont tombés leurs anciens. Leur pays faisait alors encore partie de l’empire des Indes britanniques. Photo : Jürgen Braekevelt
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25.000e Last Post
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| Chaque soir, le Last Post (sonnerie aux morts) retentit sous la porte de Menin à Ypres, en hommage à tous les soldats tombés en Flandre. Le 31 octobre en fin d’après-midi, cette sonnerie retentira pour la 25.000e fois, en présence du Prince Philippe et du Duc d’Edimbourg, qui ne manqueront certainement pas cette occasion pour déposer quelques poppies supplémentaires dans ce célèbre monument.
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America’s answer
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Rest ye in peace, ye Flanders’ dead The fight that ye so bravely led We’ve taken up. And we will keep True faith with you who lie asleep, With each a cross to mark his bed And poppies blowing overhead Where once his own life-blood ran red So let your rest be sweet and deep In flanders Field.
Fear not that ye have died for naught; The torch ye threw to us we caught, Ten million hands will hold it high, And freedom’s light shall never die. We’ve learned the lesson that ye taught In Flanders fields
Reposez en paix, vous les morts des Flandres Le combat par vous si bravement mené Nous avons repris. Et nous le poursuivrons Fidèles à la parole donnée par vous qui dormez Avec une croix marquant le lit de chacun Et les coquelicots ondoyant au-dessus de vous Là où votre sang s’est écoulé un jour Que votre repos soit doux et profond Dans les champs des Flandres.
Ne craignez pas d’être morts en vain ; Nous avons repris le flambeau par vous brandi, Dix millions de mains le porteront bien haut, Et la lumière de la liberté ne s’éteindra jamais. Nous avons retenu la leçon par vous enseignée Dans les champs des Flandres.
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We shall keep the faith (réplique de Moina Michael)
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Oh ! You who sleep in Flanders’ fields Sleep sweet – to rise anew ; We caught the torch you threw, And holding high we kept the faith with those who died.
We cherish, too, the Poppy red That grows on on the fields where valor led. It seems to signal to the skies That blood of heroes never dies. But lends a lustre to the red Of the flower that blooms above the dead In Flanders’fields.
And now the torch and Poppy red Wear in Honour of our dead. Fear not that ye have died for naught : We’ve learned the lesson that ye taught In Flanders’ fields.
Oh ! Vous qui dormez dans les champs des Flandres Dormez bien – pour vous lever à nouveau ; Nous avons repris le flambeau par vous brandi Et le portant bien haut, nous respectons La parole donnée par les morts.
Nous aussi chérissons le rouge du coquelicot Qui pousse dans les champs où le courage régnait. Il semble dire au ciel Que le sang des héros est éternel. Mais il donne au rouge l’éclat Des fleurs qui s’épanouissent au-dessus des morts Dans les champs de Flandre.
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Le Polonais F. Konarski rédige une réplique à In Flanders fields durant la prise de Monte Cassino. Le cimetière militaire polonais se trouve près du sommet, à quelques pas de l’abbaye reconstruite. Photo : Jürgen Braekevelt
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Red Poppies on Monte Cassino
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The red poppies on Monte Cassino Live for ever on Polish blood But the will of the soldier who died there Was much stronger than death in the mud…!
Years will pass and those blossoms grow older Signs of bloodshed will always remain For those poppies on Monte Cassino Every spring will glow bright red again…!
Les coquelicots rouges de Monte Cassino Vivront éternellement du sang polonais Mais la volonté du soldat tombé là-bas était beaucoup plus forte que la mort dans la boue.
Les années passeront et les fleurs se feront plus vieilles, Mais les symboles du sang versé resteront toujours Car ces coquelicots de Monte Cassino A chaque printemps fleuriront à nouveau d’un rouge brillant.
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Musée In Flanders fields
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Si vous souhaitez en savoir davantage sur l’histoire de la Première Guerre mondiale en général et les Poppies en particulier, une visite au musée In Flanders fields s’impose.
Celui-ci est installé dans les halles médiévales d’Ypres, près de la grand-place. Grâce aux techniques les plus modernes, vous découvrirez, avec un réalisme poignant et sans parti pris, le monde dans lequel ont vécu, ont souffert et sont tombés des centaines de milliers de soldats.
Entrée Individuelle : 250 BEF Groupes scolaires : 125 BEF par personne Groupes adultes : 175 BEF par personne:
Périodes d’ouverture : 1er avril au 30 septembre : ouvert tous les jours de 10 à 18 h. 1er octobre au 31 mars : ouvert du mardi au dimanche de 10 à 17 h.
Attention : vente des derniers tickets une heure avant la fermeture.
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