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Exemplo !

Exemplo !

 

" Merci aux cama's..." sont les premiers mots qui viennent à l'esprit du caporal-chef Mehdi Douib après les 20 kilomètres de Bruxelles ce 28 mai 2017. Il s'est classé 23e dans la catégorie Handbike avec un temps de 1h 04m 47s. Rencontre avec ce sportif, digne représentant de la devise de l'école d'infanterie.

C'est en suivant l'exemple familial que ce Bruxellois de 44 ans, petit fils d'un Chasseur ardennais, s'est engagé sous les drapeaux après son service en 1994. Et c'est par défi personnel qu'il tente, deux ans plus tard, la formation de para-commando à Marche-les-Dames. Breveté, il intègre le 2e Bataillon Commandos de Flawinne, avec lequel il participera à de nombreuses missions, notamment au Kosovo, en République Démocratique du Congo ainsi qu'au Bénin. Ses faits d'armes s'arrêteront malheureusement avant son départ pour le Liban.

De para commando à presque paralympique

Un accident de moto, survenu en 2009, brise sa jambe et son avenir au Bataillon. "Après l'accident, je ne voulais plus être chez les paras, être comme un exempt qui regarde les cama's partir sur le terrain", explique Mehdi.

Resté sportif malgré son amputation, il ne peut plus l'être que pour son seul plaisir. "Je ne suis pas assez blessé pour être paralympique…", ironise-t-il. Un certain nombre de personnes, dites valides, peuvent être mal à l'aise face à quelqu'un souffrant de handicap. Chose impossible avec le caporal-chef Douib, à l'esprit positif, d'un moral à toute épreuve et qui relativise: " Je ne m'apitoie pas car c'est par manque d'expérience que j'ai eu cet accident, et surtout, parce que j'ai côtoyé des personnes plus gravement touchées que moi. J'estime avoir encore eu de la chance."

Des tractions au Mérite sportif

Dix mois d'hospitalisation et six de rééducation seront nécessaires avant de rejoindre à la Défense. Période durant laquelle le côté para ne le quittera pas : "Ce sont les paras qui m'ont inculqué la manière de m'en sortir facilement. Ce sont, entre autres, de simples exercices du type tractions à bout de doigts qui m'ont aidés lors de ma revalidation." Des pompages et abdos à l'hôpital en passant par l'escalade et le kayak depuis son retour, ce sont les sports et "l'envie de se prouver des choses" qui le poussent à tenter les 20km de Bruxelles en 2011. Cette première participation, ce premier exploit, il le réalise en chaise roulante équipée d'un pédalier loué (roue centrale adaptée à la chaise et actionnée par les bras).

Le besoin de se dépasser constamment le motive à couvrir de plus grandes distances (100 kilomètres avec la RTBF et Cap 48, la marche de la mort,...) lors desquelles il porte sa chaise sur le dos et avale les kilomètres avec sa prothèse. La douleur est présente mais on peut la surmonter. "Je tiens bon et cela finit par passer."

Après la route, les obstacles. Notre commando participe au Gladiator Run (organisé par la Défense) et au Spartacus Run, courses de 10 kilomètres ponctuées d'une vingtaine d'obstacles incluant du sable, de l'eau et de la boue. Remarqué pour son attitude vis-à-vis du sport et ses apparitions lors d'émissions de télé, notamment Cap 48, il est proposé par son chef de corps, le lieutenant-colonel Laforce, pour recevoir le trophée de la prestation sportive attribuée aux sportifs ne faisant pas partie des élites sportives de la Défense. Il le reçoit en février dernier des mains du chef de la Défense (CHOD), le général Marc Compernol. Premier lauréat dans cette nouvelle catégorie et fidèle à lui-même, il déclare : "Je sais que c'est par ma jambe que j'ai obtenu ce prix, je pratique le sport pour mon plaisir mais suis très heureux de recevoir cette récompense, sorte de consécration de ma revalidation et de ma formation de commando sans laquelle je n'aurais pas été habitué à oeuvrer et souffrir dans l'ombre."

Efforts et plaisirs altruistes

La chaise roulante et la prothèse sont fournies par la mutuelle mais le matériel sportif et les frais de participation sont onéreux. "J'ai racheté ma chaise à un autre invalide. Certains sports que j'aimerais pratiquer, comme la chute libre, coûtent très cher. J'aurais besoin d'un sponsor si je veux en faire plus", explique Mehdi. Mais le plaisir du sport et l'envie de se dépasser ne sont pas ses seules motivations. Lors de ses différentes participations, ce sportif organise via des associations et sa page Facebook, des campagnes de crowfunding (financement participatif) afin de récolter des fonds et permettre à d'autres de bénéficier d'une prothèse et de soins adaptés. Infatigable, il souhaiterait à présent disposer d'un coaching, être aiguillé vers d'autres sports qu'il ne connaît pas et qui lui correspondraient.

"Je cherche un coaching, style para, pour ne pas toujours pratiquer seul et m'améliorer. Je me sens capable d'être à la disposition d'une équipe. Pourquoi pas les Hayabusa (équipe nationale militaire belge de parachutisme et championne du monde à plusieurs reprises) ? "

Tel un corsaire

"Si l'armée veut organiser quelque chose avec moi, ce sera avec plaisir car je suis motivé", s'exclame ce caporal-chef, affecté depuis son accident au bar Rolin à Evere. Il préférait effectivement être barman que de travailler dans un bureau. "J'ai eu la chance d'avoir pu conserver un travail avec des horaires normaux".

Il participe, à sa demande, aux tests physiques militaires annuels (PhEF), préférant l'épreuve de natation aux 2 400 mètres. Se sentant en forme et l'étant objectivement plus que d'autres, Mehdi rêverait d'être opérationnel ne serait-ce que pour pouvoir intégrer les rôles de garde et se sentir à nouveau utile dans ce métier qui l'habite.

Quel plus bel étendard pour l'armée, qu'un soldat, certes amputé mais bien formé et motivé, qui ne demande qu'à en être ? Chapeau bas à ce sportif dont l'humilité et le courage resteront les maîtres-mots de cette rencontre.