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Dresseur de canons

Dresseur de canons

 

Lever de rideau sur un aspect méconnu du travail d'armurier : le dressage. Cette spécialité essentielle à la sécurité du tireur est exercée exclusivement à Rocourt par monsieur Eric Schmitz et le 1er caporal-chef Yves Corin, à l'atelier armement du Centre de compétence du Matériel Roulant et Armement (CCR&A).

Le contrôle d'un canon a pour but d'assurer la sécurité du tireur en éliminant les risques de bris. Il s'effectue les deux yeux ouverts et à l'aide de calibres (longs cylindres métalliques de même diamètre que le projectile). Différents points sont analysés, tels que les défauts, l'usure, les problèmes d'érosion, etc. Le dressage, opération consistant à déplier le canon, a lieu lorsque celui-ci se révèle être plié. "Le calibre montre que le canon est plié. Le jeu de lumière permet de déterminer avec précision l'endroit, l'angle et l'importance du pli", explique Eric Schmitz. Le dressage s'effectue toujours à froid, à l'aide d'une presse. "Il faut veiller à ne pas dépasser le seuil d'élasticité de l'acier." Pour des raisons de sécurité, le doute n'est pas permis et dans ce cas rarissime, un endoscope est nécessaire. "Cet appareil n'est utilisé que dans ce cas de figure car le type de vision de celui-ci ne permet pas de tout déceler" confie ce spécialiste.

Du 5.56 à la .50

Annuellement, 1 500 armes sont contrôlées à l'atelier Armement, auxquelles s'ajoutent les canons de rechange (Minimi, Mag,.50)  
"Il arrive que de nouveaux canons nous soient fournis avec des défauts d’aspects ou pliés, dans ce cas on sollicite la garantie", raconte Eric.
Chaque arme en usage à la Défense est contrôlée annuellement en unité par le service d’inspection de l’armement (S.I.A). Les armes non conformes sont dirigées vers le CCR&A pour une inspection approfondie ou pour une remise à neuf. Tous les canons passent par les mains du dresseur. Son travail permet de sauver 80 voire 85% des canons qui peuvent dès lors être remis en circulation. À l'issue du contrôle, les canons sont marqués à l'aide de poinçons [*,J,(.)], indiquant le contrôle effectué et les différents points à surveiller.


Les symboles des poinçons signifient :

  • Le J que le canon est passé chez le dresseur
  • * Erosion à la prise de balle (endroit du canon le plus usé suite à la flamme produite par l'explosion de la poudre)
  • (*) Canon légèrement abimé ,petit arrachement ,petite érosion
  • (*)(*) Canon usé, mais toujours opérationnel (sommet de rayure arrondi ), arrachement plus important et érosion

"Nous sommes plus sévères dans le cas des armes utilisées par les tireurs « d'élite »."

Métier en pénurie

La formation d'un dresseur, de type compagnonnage (un élève - un instructeur), dure trois ans. Le vieillissement du personnel rend la relève urgente.
"Nous ne sommes que deux à la Défense et travaillons au profit de toutes les composantes. Il existe un ou deux dresseurs à la FN Herstal mais ils n'ont aucune expérience sur canons usagés", explique fièrement ce spécialiste.
C'est une fonction en cumul qui ne se limite pas au travail d'inspection proprement dit, le suivi administratif de l'arme étant également très important pour des raisons de sécurité évidentes.
"Le besoin en personnel qualifié est criant, ne serait-ce que pour faire face à des cas de maladies, de décès ou autres congés…
Le profil recherché n'est pas forcément celui d'un armurier mais celui d'une personne assez jeune et manuelle, ayant une "vision mécanique directe", sachant travailler de ses mains et ayant, bien entendu, une bonne vue ou une correction plus ou moins similaire aux deux yeux", conclut Eric.