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Bellande, camp de la vie

Bellande, camp de la vie


Quelques élèves pilotes ont monté leur premier camp de survie ce dernier week-end de juin. Mission Marathon s’est déroulé dans la forêt de Fréteval, en France, et soutenait une grande commémoration internationale. Septante ans plus tôt, 152 aviateurs alliés avaient vécu cachés dans cette forêt en attendant la libération. Tous ont survécu.

Dix-neuf élèves pilotes de l’École de Pilotage Élémentaire de Beauvechain et de l'École Royale Militaire ont installé un camp de survie à l’endroit exact où, septante ans plus tôt, s’était organisé un campement du même type. Entre mai et août 1944, les résistants du réseau Comète ont bataillé ferme pour recueillir et maintenir en vie tous les pilotes alliés qui s’écrasaient dans la région occupée. Le camp de Bellande, dans la forêt de Fréteval, était sous la responsabilité du Colonel Lucien Boussa, pilote de chasse belge.

« Comme lui, j’ai été pilote à la 350e escadrille. Ce qui s’est passé signifie beaucoup pour moi et je suis heureux de voir nos élèves s’impliquer dans la reconstitution du camp », confie le Général aviateur Gerard Van Caelenberge, chef de la Défense. Il fut l’un des nombreux visiteurs à s’intéresser aux abris construits par les jeunes élèves pilotes. Le mécanicien anglais Raymond Worrall, un des 152 rescapés, leur a même transmis personnellement son expérience particulière.

« Je ne m’attendais vraiment pas à survivre. Les soldats allemands patrouillaient constamment. Il y avait un dépôt de munitions juste à côté du camp, on ne pouvait faire aucun bruit », frissonne encore Raymond. Son bombardier Lancaster abattu de nuit par les chasseurs allemands, il a été rapidement découvert par des résistants qui l’ont conduit au camp de Bellande où il retrouva des collègues. La densité de la forêt et le patriotisme local leur auront permis de survivre durant des mois, au nez et à la barbe des nazis.

« Ce que nos parents résistants ont accompli est tout simplement incroyable », souligne Marguerite Plessis, habitante de la commune de Villebout. « Malgré les perquisitions, les rafles, les bombardements et les patrouilles, ils ont apporté nourriture et charbon pendant des mois, sans jamais se faire prendre ! » L’organisation ne souffrait d’aucun amateurisme. L’opération  Mission Marathon avait été commandée par les services secrets britanniques, le MI9 (Military Intelligence 9). Le réseau Comète avait alors pour tâche de regrouper et protéger ces équipages afin qu’ils puissent réincorporer leurs unités après la libération.

Le « camp de la vie », tel que l’a appelé le maire de Villebout, a été célébré durant tout le week-end. Un musée temporaire complétait la démonstration des jeunes Belges, qui ont beaucoup appris de ce camp de survie inhabituel. « C’est grâce à ces gens-là, qui ont survécu, que nous avons aujourd’hui des techniques de survie élaborées et fiables. Ils sont partis de presque rien et nous apprenons grâce à eux », reconnaît Jonathan Sy, élève pilote.

Ce dimanche 29 juin 2014, la forêt se vidait de tous ses occupants pour la deuxième fois en septante ans. Ce fut l’occasion d’une fastueuse parade au monument des aviateurs de la forêt de Fréteval. La cérémonie aura rappelé que la liberté engage l’homme au-delà de sa propre existence. Un engagement dont l’aventure des camps de Fréteval est exemplaire : on ne célébrait guère des victimes mais bien des survivants.